đïž INJONCTIONS DE CONSOMMATION. ET SI ON DISAIT "STOP" ?
Si on réfléchissait à notre obéissance, souvent inconsciente, aux injonctions de consommation ? Sociales, économiques, affectives, intimes... Jusqu'à la maternité. Et notre désir, dans tout ça ?
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đ âSUR-CONSOMMATIONâ de Samuel Sauvage aux Ă©ditions Rue de lâĂchiquier.
đ âFAIRE NAĂTREâ de ClĂ©lia Gasquet-Blanchard aux Ă©ditions La Fabrique.
SUR-CONSOMMATION. ON ARRĂTE TOUT ET ON RĂFLĂCHIT. Samuel Sauvage.
Nous voilĂ musiciens. En chef dâorchestre responsable qui nous enjoint Ă prĂȘter lâoreille Ă la composition, Samuel Sauvage dirige sa partition sans omettre de faire entendre les nuances des bĂ©mols et des diĂšses. Il y tient. Son leitmotiv : la sur-consommation. Une cacophonie. Afin de rĂ©tablir un peu dâharmonie dans nos vies en limitant - entre autres consĂ©quences dĂ©sastreuses de notre attitude consumĂ©riste qui confine Ă lâaddiction - notre impact sur les ressources naturelles, lâĂ©conomiste sâarme de deux diapasons, deux mĂ©canismes conceptuels quâil a Ă©laborĂ©s dans une perspective de sortie de cette spirale de consommation tous azimuts. Le premier, est nommĂ© BĂMOLâ : B comme âBesoins artificielsâ, E comme âExtension des marchĂ©sâ, M comme âMarchandisation de la sociĂ©tĂ©â, O comme âObsolescence programmĂ©eâ, L comme âLow costâ. On comprend dâemblĂ©e lâintention dâappuyer lĂ oĂč ça fait mal. Nous consommons beaucoup trop au regard de nos besoins rĂ©els comme des limites planĂ©taires, et les leviers de cette surconsommation sont identifiĂ©s.
Par quoi commencer ? Par rĂ©flĂ©chir, plus loin que le bout de son nez, mĂȘme si lâaccumulation de biens autour de nous ne nĂ©cessite pas de prolonger son regard jusquâĂ la ligne bleue des Vosges. Câest ici et maintenant quâil faut arrĂȘter de faire comme si, de consommer sans discernement Dans ce sens, Samuel Sauvage appelle Ă un âDIĂSEâ. Une panoplie dâoutils pour des actions efficaces et durable. D comme âDĂ©sarmer la publicitĂ©, I comme âImpulser un nouvel imaginaireâ, E comme âEncadrer la productionâ, S comme âSoutenir les alternativesâ, E comme âEmbarquer les acteursâ. Ă chacun de faire sa part ? AssurĂ©ment, mais ce manifeste se veut politique. Collectif, organisĂ©, intĂ©grĂ© Ă une dĂ©marche systĂ©mique. Pas sĂ»r quâune sociĂ©tĂ© ultra libĂ©rale laisse beaucoup de place Ă cette dĂ©marche, mais rien ne nous empĂȘche de pousser les murs en nous musclant au prĂ©alable avec les conseils mĂ©thodiques Ă©noncĂ©s dans ces pages, sans pour autant occulter leurs limites que lâauteur nâentend pas dissimuler. Politique et pratique, un ouvrage mĂ»rement rĂ©flĂ©chi.
Ăditions Rue de lâĂchiquier. 128 pages. 13,90âŹ
FAIRE NAĂTRE. ClĂ©lia Gasquet-Blanchard.
âCe que le capitalisme fait Ă la maternitĂ©â ? Pas beau Ă voir, tant pour les lieux dâaccouchement (les maternitĂ©s) que pour les femmes qui accouchent (leur maternitĂ©). La mĂ©dicalisation Ă outrance de la naissance a portĂ© ses fruits pourris : les femmes sont dĂ©possĂ©dĂ©es de la corps, de leur espace, de leur transmission. La routine quand il sâagit dâanalyser les consĂ©quences dâune appropriation systĂ©mique de plus, avec son lot de discriminations sociales et raciales que ClĂ©lia Gasquet-Blanchard connaĂźt bien. MaĂźtresse de confĂ©rences Ă lâĂcole des hautes Ă©tudes en santĂ© publique, elle coordonne depuis 2019 le rĂ©seau de santĂ© SOLIPAM qui prend en charge, en Ăle-de-France, des femmes enceintes en situation de grande prĂ©caritĂ©.
Son livre tĂ©moigne de son engagement sur le terrain : dĂ©noncer et contrer ce quâelle appelle âlâorchestration de la dĂ©route pĂ©rinataleâ. Elle la voit, lâĂ©prouve, met en Ćuvre des stratĂ©gies de solidaritĂ© face Ă une marchandisation structurelle des femmes qui ne dit Ă©videmment pas son nom. Les femmes enceintes, les soignant·es, les sages-femmes, les nouveaux-nĂ©s, ne les oublions pas : câest la maternitĂ©, de lâamont Ă lâaval, qui pĂątit de cette capitalisation tous azimuts. Il sâagit de produire de la âvaleurâ et, au passage, de la violence, parce que ce systĂšme mĂ©dical, engendrĂ© et soutenu par les politiques nĂ©olibĂ©rales, repose intrinsĂšquement sur la domination et lâexploitation.
Une maternitĂ© anticapitaliste est possible. Certaines dâentre nous lâont vĂ©cue et entendent bien continuer dâen porter la fertilitĂ© sociale, individuelle et collective, la puissance fĂ©ministe quâelle engendre. ClĂ©lia Gasquet-Blanchard dessine dans ce sens les voies de la naissance comme espace dâautonomie, de savoirs partagĂ©s, de justice sociale : un combat qui exige de ne rien cĂ©der, rien dĂ©lĂ©guer mais partager, Ă©couter, revaloriser selon des critĂšres qui nâappartiennent quâĂ nous, femmes, libres et militantes, Ă lâaune de notre propre volontĂ©, notre propre vĂ©cu. Un livre qui remplira parfaitement son rĂŽle en tant que cadeau de grossesse. Le plus tĂŽt sera le mieux.




