QUAND KEN LOACH PREND LA PAROLE : UN MANIFESTE RADICAL QUI NE FAIT PAS SON CINÉMA.
Un artiste qui lutte, dénonce, sans relâche. Ken Loach nous embarque avec force dans un combat de tous les instants : défier le récit des puissants qui objectise pour mieux réduire.
DÉFIER LE RÉCIT DES PUISSANTS. Ken Loach. Avec Franck Barat. Traduction de l’anglais par Florent Barat. Préface de Swann Arlaud.
Quelle reconnaissance éprouvons-nous à la lecture de ce manifeste écrit par Ken Loach avec son ami Franck Barrat, producteur exécutif du film, inoubliable, La voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania ! La lutte est bien-là, énoncée dans ce livre, à nourrir notre cœur, accélérer nos connexions cérébrales, pour la bonne cause, et nous ouvrir les portes d’un territoire de paix à un seul état : un lieu où nous nous entendons bien, avec les autres, qui partagent ce combat, et par conséquent avec nous-même, apaisé·e. Cinéaste référent, multi récompensé, de Cannes à Berlin, de Lyon à Venise, Ken Loach n’a plus de preuve à donner de son engagement politique. Défier les puissants afin de rétablir une égalité sociale, il sait de quoi il en relève : ses films ne parlent que de cela et l’acteur, Swann Arlaud, dans sa délicate préface, souligne à juste titre l’envie de lutter que ceux-ci suscitent, entre larmes et solidarité.
Comme le dit l’acteur, “Ken Loach nous propose un chemin” et c’est ici que s’ancre le récit de ce cinéaste, ses fondations, exemples à l’appui d’organisation à échelle humaine sur ses plateaux de tournage, d’écoute du travail des acteurs, de solidarité avec les équipes techniques, de refus d’objectiser les personnages : son “esthétique de résistance”. Avec sa caméra, parce que le cinéma est politique, il appelle implicitement à la lutte des citoyens, 99 % de citoyens de la planète contre 1% de puissants. Tout puissants ? À moins que, écrit Ken Loach, nous ne reprenions le contrôle de nos vies, d’urgence face au changement climatique, à la banalisation des génocides et à la montée du fascisme. Afin de contribuer à ce que chacun·e se situe comme radicalement juste face à un système radicalement injuste, l’art peut agir comme détonateur, “être l’étincelle qui met le feu aux poudres”, selon les mots du réalisateur.
À nous, lecteurs et spectateurs, de devenir acteurs de notre futur et d’entretenir le feu, de soutenir par des actes la colère légitime du plus grand nombre qui mènera à un mouvement global dans le sens d’un changement profond de la société tout entière. Les puissants peuvent se le tenir pour dit : nous relevons le défi, nous entendons et soutenons avec force le récit de Ken Loach que cette réédition enrichie place clairement dans le faisceau d’une actualité qui oblige à la subversion. Servie sur un plateau.



